Projection du film Un paese di resistenza de Shu Aiello
- CE
- 13 juin 2025
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 23 janv.
(France, 2023) sélection au Prix Farel 2024
Ciné-débat
Le 16 mai 2025 à l'a Maison du dialogue interreligieux L’Arzillier à Lausanne
Activité de l'association L'Arzillier à l’occasion de la Journée du Vivre Ensemble
En partenariat avec le Prix Farel

À l’occasion de la Journée du vivre ensemble, L’Arzillier a organisé, en partenariat avec le Prix Farel, une soirée ciné-débat consacrée à la question de l’accueil des personnes migrantes et au rôle des communautés religieuses face aux enjeux de l’intégration. L’événement s’est tenu le 16 mai 2025 à la Maison du dialogue à Lausanne, sous l’animation de Camille Andres (journaliste à Réformés et directrice du Prix Farel) et de Dimitri Andronicos (coprésident de L’Arzillier).
La soirée s’est articulée autour de la projection du film Un paese di resistenza, réalisé par Shu Aiello. La réalisatrice y retrace l’expérience du village de Riace, en Calabre, devenu durant quinze ans un modèle européen d’accueil et d’intégration des personnes réfugiées. Ce dispositif, largement soutenu et sollicité par les autorités italiennes à ses débuts, s’est progressivement heurté à un changement de climat politique. Le film montre comment ce modèle s’est fragilisé puis effondré, notamment à travers le parcours judiciaire de son maire, Domenico (Mimmo) Lucano, condamné en 2021 pour aide à l’immigration clandestine avant d’être partiellement acquitté en 2023.
Le film propose une lecture nuancée et globalement positive du rôle du religieux, en soulignant la dimension spirituelle qui a soutenu l’engagement du maire et de certains acteurs locaux, notamment en lien avec l’Église catholique et les appels formulés dans l’encyclique Fratelli tutti. Il met également en évidence les mécanismes de déni institutionnel et les effets de criminalisation qui touchent à la fois les personnes migrantes et celles et ceux qui les soutiennent.
La discussion qui a suivi la projection a permis de mettre ce récit en perspective avec le contexte suisse. Deux intervenantes engagées auprès de personnes réfugiées, notamment dans le cadre de l’aumônerie interreligieuse du centre fédéral d’asile de Vallorbe, ont témoigné des tensions vécues sur le terrain. Elles ont décrit un travail d’accompagnement essentiellement centré sur l’écoute et la présence humaine, souvent limité par un cadre administratif strict et par des décisions sur lesquelles elles n’ont aucune prise. La question du rôle ambivalent des aumôneries a été abordée : à la fois intégrées au dispositif officiel et critiques de certaines de ses logiques, elles se trouvent parfois perçues comme un simple outil de régulation des tensions, sans réelle capacité d’influence.
Plus largement, les échanges ont interrogé la place des religions dans l’espace public face aux politiques migratoires actuelles. Plusieurs intervenants ont souligné le risque d’une instrumentalisation politique du religieux à des fins identitaires, souvent déconnectée des pratiques réelles des communautés. À l’inverse, le travail de terrain montre l’importance de créer et de maintenir des liens, de travailler en réseau avec les associations, et de soutenir des formes de communauté qui dépassent les appartenances confessionnelles.
En conclusion, la soirée a mis en évidence que l’accueil des personnes migrantes ne peut être réduit à une question administrative ou sécuritaire. Il engage des dimensions humaines, sociales et spirituelles qui appellent à la prise de parole, à la rencontre et à la coopération. Face à la peur et au repli, le silence a été identifié comme un risque majeur. À travers ce ciné-débat, L’Arzillier et le Prix Farel ont ouvert un espace de réflexion critique sur les responsabilités des institutions, des communautés religieuses et de la société civile dans un contexte marqué par des tensions croissantes autour des questions migratoires.


