La beauté : une nourriture pour l'âme ?
- RL
- 23 janv.
- 4 min de lecture
Conférence
Le 14 novembre 2025 à l'a Maison du dialogue interreligieux L’Arzillier à Lausanne
Dans le cadre de la Semaine des religions 2025
Organisation et modération : Roula Lopez, théologienne et formatrice d’adultes, chargée du dialogue interreligieux – Canton de Vaud pour l’ECVD
Invitée :
Association suisse des chrétiens d’Orient

L’âme qui se nourrit de beauté avec l'association suisse des chrétiens d'Orient
Depuis toujours, les grandes traditions spirituelles affirment que l’être humain ne vit pas seulement de nourriture, d’air ou de savoir.
Il vit de beauté.
Une beauté qui guérit, élève, ouvre, purifie.
Une beauté qui parle à l’âme plus profondément que les mots.
Saint Augustin disait :
« Tard je t’ai aimée, beauté si ancienne et si nouvelle… »
Comme si la beauté était un nom secret de Dieu, un chemin vers Lui, un signe discret de sa présence.
1. L’âme a faim de beauté : une intuition universelle
L’être humain est façonné pour reconnaître la beauté :
une montagne,
un visage juste,
une parole vraie,
un geste de bonté,
une œuvre d’art,
une prière chantée.
Ces beautés ne flattent pas le regard : elles nourrissent l’âme.
La Bible dit que Dieu vit que toute chose créée était bonne, puis « très bonne ».
Dans la pensée juive, le beau et le bon ne sont pas séparés.
Dans la tradition chrétienne, le beau fait partie des « transcendantes » qui conduisent au
mystère de Dieu — au même titre que le vrai et le bien.
L’Orient chrétien le dit autrement :
« La beauté sauvera le monde. »
(Fiodor Dostoïevski)
Non la beauté superficielle, mais celle qui dévoile quelque chose de l’invisible.
2. L’icône : beauté qui montre l’Invisible
L’icône n’est pas une simple œuvre d’art.
Dans la tradition orthodoxe, c’est une fenêtre, une porte, une présence.
Elle ne représente pas : elle révèle.
Elle ne copie pas : elle transfigure.
Elle rend visible ce qui n’appartient pas au monde de la visibilité.
Comme disait saint Jean Damascène :
« L’honneur rendu à l’icône remonte à son prototype. »
L’icône n’attire donc pas à elle :
elle oriente,
elle conduit,
elle ouvre un passage.
Elle a une beauté particulière :
une lumière intérieure,
une sobriété,
une paix,
une géométrie qui apaise,
une absence d’ombre qui dit la victoire de la résurrection.
Les icônes sont écrites non depuis la lumière du monde, mais depuis la lumière de Dieu.
Elles ne montrent pas l’homme tel qu’il est, mais tel qu’il est appelé à devenir.
3. Pourquoi les icônes nourrissent l’âme ?
Parce qu’elles parlent un langage silencieux
Une icône n’explique rien.
Elle invite.
Elle ouvre un espace intérieur.
Parce qu’elles réconcilient le regard
Dans un monde saturé d’images, l’icône dépose une image qui ne prend rien, mais qui donne.
Parce qu’elles nous regardent
Dans l’art occidental, nous regardons le tableau.
Dans l’icône, c’est le regard du Christ, de la Mère de Dieu ou des saints qui se pose sur nous.
Et ce regard fait vivre.
Parce qu’elles révèlent la beauté comme présence divine
L’icône n’est pas seulement belle :
elle est habitée.
Sa beauté n’est pas décorative, mais sacramentelle.
Elle transmet une lumière qui n’appartient pas à l’artiste, mais à Dieu.
4. La beauté : nourriture de l’âme
Chargée du dialogue interreligieux – Canton de Vaud pour l’ECVD
Notre époque produit beaucoup de fatigue intérieure.
Le bruit, les images, la vitesse, l’anxiété, les ruptures, les blessures…
Tout cela use l’âme.
La beauté — la vraie — devient alors une thérapie spirituelle.
Elle apaise, elle pacifie, elle rassemble.
Le pape François dit dans Evangelii Gaudium :
« L’annonce de l’Évangile doit passer aussi par le chemin de la beauté. »
La beauté n’est pas un luxe spirituel :
elle est une médecine.
Saint Grégoire de Nysse écrivait que l’âme est comme un oiseau blessé qui retrouve la force de voler lorsqu’elle aperçoit la lumière.
La beauté est cette lumière.
5. La beauté des icônes : un appel à devenir lumière
Chaque icône est un rappel :
que nous sommes faits pour Dieu,
que notre propre visage est appelé à la lumière,
que nous sommes plus grands que nos blessures,
que le monde visible n’épuise pas tout le réel.
L’icône nourrit l’âme parce qu’elle lui rappelle sa vraie nature :
être une fenêtre ouverte vers l’infini.
Elle ne montre pas « un beau tableau » :
elle réveille en nous la nostalgie de Dieu.
Elle nous apprend la prière du cœur.
Elle nous rend transparents à la lumière.
Elle nous ramène à l’essentiel.
l’âme vit de beauté comme le corps vit de pain
L’âme se fatigue, se referme, se dessèche… lorsqu’elle n’est nourrie que de bruit et
d’information. Mais elle renaît quand elle rencontre la beauté :
la beauté d’un visage doux,
la beauté d’un silence plein,
la beauté d’une parole juste,
la beauté d’une icône qui l’éveille à sa vocation.
La beauté ne sauve pas seulement le monde :
elle nous sauve nous-mêmes,
en nous rappelant que notre âme est faite pour la lumière.


