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L'immortalité de l'âme et ses implications chez les penseurs séfarades du Moyen Âge

  • CE
  • 23 janv.
  • 3 min de lecture

Conférence

Le 11 novembre 2025 à l'Arzillier à Lausanne

Dans le cadre de la Semaine des religions 2025

Intervenant : Rabbin Eliezer Di Martino



La permanence de l'âme et ses implications dans la pensée séfarade au Moyen Âge


Le Moyen Âge est une période marquée par un dialogue fécond entre judaïsme, islam et héritage grec. Cette époque, souvent qualifiée d’« âge d’or », voit émerger une tentative ambitieuse d’articuler la foi révélée avec la raison philosophique, afin de répondre aux grandes questions de l’existence, au premier rang desquelles figure le destin de l’âme.



1. Contexte historique et intellectuel


Après les grandes catastrophes historiques du peuple juif, notamment la destruction des deux Temples et l’exil, les communautés juives s’installent notamment en Afrique du Nord et dans la péninsule ibérique, appelée Séfarade. Dans ce contexte de coexistence culturelle, les penseurs juifs dialoguent avec les savants musulmans et grecs, développant une réflexion originale sur l’âme, sa nature, son devenir et sa relation au corps et à Dieu.


Deux grandes voies se dessinent :

  • une tradition mystique, qui s’épanouira surtout à partir du XIIIe siècle ;

  • une voie philosophique rationnelle, cherchant à systématiser la foi juive par la raison.



2. Trois grandes figures de la pensée séfarade


SAADIA GAON(Xe siècle)

Précurseur de la philosophie juive rationnelle, Saadia Gaon définit l’âme comme une création divine, distincte de Dieu, non éternelle par nature mais dotée de facultés propres : désir, émotion et sagesse. L’âme et le corps sont étroitement liés et coresponsables devant le jugement divin.Après la mort, l’âme traverse une période de purification, suivie de la résurrection des morts et de l’accès au « monde à venir », où les justes jouissent de la splendeur divine dans un état de conscience transformé


IBN GABIROL(XIe siècle)

Poète et philosophe néoplatonicien, Ibn Gabirol conçoit l’âme comme émanant d’un intellect universel issu de Dieu. L’âme humaine est immortelle et son but est de se reconnecter à cette source intellectuelle par la connaissance de soi.Le corps est perçu comme un obstacle, et la mort comme une libération. Le sort de l’âme dépend de son degré de perfection : les justes goûtent à la sagesse divine, tandis que les âmes imparfaites errent, éloignées de leur source, tout en pouvant encore progresser après la mort.


MAÏMONIDE(XIIe siècle)

Figure majeure du judaïsme médiéval, Maïmonide propose une anthropologie rigoureuse où l’âme est une et multiple dans ses fonctions : nutritive, sensitive, imaginative, volontaire et intellectuelle.Seule la partie intellectuelle a vocation à survivre à la mort. L’éternité n’est pas donnée mais acquise par l’effort de connaissance de Dieu et de la vérité. L’âme devient immortelle en s’unissant à l’intellect divin. À l’inverse, la punition ultime est l’anéantissement, c’est-à-dire la coupure définitive de la source de la vie.



3. Convergences et divergences


Les trois penseurs partagent plusieurs idées fondamentales :


  • l’âme est une, mais agit à travers plusieurs facultés ;

  • l’immortalité de l’âme n’est pas automatique : elle se construit au cours de la vie par la sagesse et la connaissance de Dieu.


Ils divergent cependant sur la nature de l’au-delà :

  • certains privilégient une survie exclusivement spirituelle ;

  • d’autres maintiennent un lien fort entre corps et âme, notamment à travers la résurrection.



4. La question de la réincarnation


La réincarnation n’est pas centrale dans le judaïsme classique. Saadia Gaon la rejette explicitement, Maïmonide ne l’évoque pas, et ce n’est qu’avec la Kabbale à partir du XVIe siècle que cette idée gagne en importance, sans jamais devenir un dogme unanimement accepté. Elle est alors pensée comme un acte de miséricorde divine offrant une chance de réparation morale.


Conclusion

La pensée séfarade médiévale propose une vision exigeante et dynamique de l’âme : loin d’être un simple principe immuable, elle est appelée à se transformer, à se purifier et à s’élever par la connaissance et l’éthique. L’âme porte en elle la mémoire de son origine divine et demeure tendue vers cette source, animée par un désir de retour et de plénitude qui structure toute l’existence humaine.

©2020 par Association de l'Arzillier.

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