L'âme des animaux dans les traditions religieuses
- RL
- 21 janv.
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 23 janv.
Conférence
Le 8 novembre 2025 à la Maison du dialogue interreligieux L’Arzillier à Lausanne
Dans le cadre de la Semaine des religions 2025
En collaboration avec Swiss Animals Actions
Animation : Roula Lopez, théologienne, formatrice d'adultes SEFA, chargée du dialogue interreligieux dans le canton de Vaud ECVD
Depuis les origines, les religions du monde, les maîtres spirituels, les philosophes et les
mystiques ont fait la même découverte :
les animaux ne sont pas de simples créatures utilitaires.
Ils portent en eux un souffle, une beauté, une sensibilité, un mystère.
Ils sont nos compagnons dans l’œuvre de Dieu.

La Bible : le souffle de Dieu dans chaque être vivant
Dans la Bible hébraïque, les animaux sont appelés נֶפֶשׁ חַ יָּה / nefesh hayah,
c’est-à-dire être vivant, âme vivante.
Ce terme est le même que celui utilisé pour désigner l’être humain (Genèse 2,7).
« Que les eaux foisonnent de nefesh hayah… » (Genèse 1,20)
« Et l’homme devint une nefesh hayah. » (Genèse 2,7)
Animaux et humains partagent donc une même réalité fondamentale : la vie animée par le souffle. La Genèse parle aussi du souffle de Dieu, ruaḥ, présent en toute créature :
« Tout ce qui avait en ses narines un souffle de vie » (Genèse 7,22)
Les animaux participent à la louange du monde : « Louez-le… bêtes sauvages et tout le bétail ! » (Psaume 148,10)
Et le Midrash précise : « Les animaux chantent la louange du Créateur à leur manière. »
(Midrash Rabbah, Genèse 10:7)
Ainsi, dans la vision biblique, les animaux forment un peuple vivant, un peuple priant, un
peuple habité.
L’humanité reçoit la mission non de dominer, mais de veiller : « Dieu a confié les animaux à l’homme, non pour qu’il en fasse des esclaves, mais pour qu’il en soit le gardien. »
(Jean Chrysostome)
Le judaïsme : une éthique profonde et une âme vitale
Dans le judaïsme, toute créature vivante possède une nefesh, une âme vitale. Les rabbins reconnaissent aussi dans les animaux une sensibilité, une intelligence, une
relation à Dieu. La loi juive interdit de faire souffrir un animal :
tsa’ar baalei ḥayim — l’interdiction de causer de la douleur aux êtres vivants.
Le Talmud enseigne : « L’homme doit nourrir son animal avant lui-même. »
(Talmud, Berakhot 40a)
La Kabbale, quant à elle, parle de nefesh behamit, l’âme animale — une énergie, un désir, une force vitale que l’homme partage avec les animaux.
Les mystiques juifs affirment : les animaux ont une vie intérieure,
un souffle spirituel, et une présence qui reflète un rayon du divin. Ils ne sont jamais des objets : ils appartiennent à Dieu. Comme dit le Proverbe :
« Le juste prend soin de la vie de son animal. » (Pr 12,10)
La théologie chrétienne : Thomas d'Aquin et la sagesse médiévale
Thomas d’Aquin distingue trois types d’âme :
• végétative (plantes)
• sensitive (animaux)
• rationnelle (humains)
Selon lui : les animaux ont une âme sensitive, réelle, véritable, qui leur permet de sentir, d’aimer, d’apprendre, de souffrir. Elle n’est pas immortelle au sens humain, mais elle est pleinement présente et voulue par Dieu.
Et surtout, Thomas affirme : faire souffrir un animal est un péché, parce que cela détruit en nous la compassion et blesse l’ordre moral voulu par Dieu. Cette pensée ouvre la voie à une théologie du respect du vivant.
Saint-François d'Assise : la fraternité universelle
Saint François d’Assise va plus loin : il voit dans les animaux des frères et des sœurs.
• « frère loup »
• « mes petites sœurs, les oiseaux »
• « sœur eau »
• « frère soleil »
Pour lui, toutes les créatures partagent une même famille spirituelle. Les animaux louent Dieu par leur existence même et enseignent à l’homme la joie simple, la paix intérieure, la confiance. François d’Assise ouvre à une mystique de la fraternité cosmique.
Le pape François : une écologie intégrale (Laudato Si')
Dans Laudato Si’, le pape François prolonge cette vision :
« Chaque créature possède sa bonté et sa perfection propres. »
(LS 69)
« Les créatures avancent avec nous et à travers nous vers la plénitude de Dieu. »
(LS 83) « Tout est lié. »
Il insiste sur la dignité des animaux, leur importance dans la création, et la responsabilité
humaine face à la souffrance du vivant.
Il rappelle encore :
« La miséricorde de Dieu s’étend à toutes les créatures. »
(Audience générale, 26 octobre 2016)
L'islam : des communautés spirituelles, des êtres en prière
Le Coran offre une vision spirituelle très forte du monde animal.
Les animaux louent Dieu :
« Il n’est rien qui ne célèbre Sa louange, mais vous ne comprenez pas leur manière de le
faire. »
(Coran 17,44)
Ils forment des communautés, des oumma : « Il n’est point d’animal sur terre ni d’oiseau volant de ses ailes, qui ne soit une communauté comme vous. »
(Coran 6,38)
Les hadiths témoignent de la compassion du Prophète Muhammad :
un homme pardonné pour avoir donné à boire à un chien,
une femme condamnée pour avoir laissé mourir un chat,
une chamelle secourue en plein sermon.
Dans l’islam, toute créature vivante possède une dignité devant Dieu,
et l’être humain sera jugé sur la manière dont il traite le vivant.
Au-delà des différences théologiques, la Bible, le judaïsme, la tradition chrétienne, l’islam et même la philosophie moderne convergent :
• Les animaux portent un souffle reçu de Dieu.
• Ils possèdent une sensibilité et une forme d’âme vivante (nefesh).
• Ils participent à la louange du monde.
• Ils ont une dignité sacrée.
• Ils sont confiés à l’humanité pour être protégés, non exploités.
• Ils révèlent quelque chose de notre propre humanité.
Au fond, la vraie question n’est donc pas :
« Les animaux ont-ils une âme ? »
mais plutôt :
« Notre âme est-elle assez ouverte pour reconnaître la leur ? »
Quelques citations
Pape François, Laudato Si' : « Si tu as déjà observé un animal regarder un enfant, tu sais que Dieu a prévu des tendresses silencieuses »
St-Jean Chrysostome : « Dieu a confié les animaux à l’homme, non pour qu’il en fasse des esclaves, mais pour qu’il soit leur gardien. »
Pape François, Encyclique Laudato Si' : « Les animaux ne sont pas des choses. Ils sont les créatures de Dieu et nous devons les aimer et les respecter »
I-Bukhari : « Quiconque est bon envers une créature de Dieu est bon envers lui-même. »
Midrash Rabbah, Genèse 10:7 : « Les animaux chantent la louange du Créateur à leur manière. »
Sagesse lakota : « Chaque animal, chaque plante, chaque pierre possède un esprit. Il nous parle si nous savons écouter. »
Martin Buber : « Le regard d’un animal a le pouvoir de toucher notre cœur sans un mot. »
Mahatma Gandh : « On reconnaît la grandeur d’une nation à la façon dont elle traite ses animaux. »
Paul Claudel : « Les animaux sont les anges que Dieu nous a prêtés pour nous apprendre la tendresse. »
Anonyme : « On reconnaît la pureté du cœur d’un être à la manière dont il traite les animaux. »
Eckart : « Le souffle de Dieu circule aussi dans les animaux : ce sont des fragments du
divin dans des corps sans orgueil. »


